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Tu voudrais que nous fassions la paix, que Thèbes devienne une cité paisible, un peu dormante, nourrissant de petits bonheurs, mais elle n'est pas comme ça, c'est un grand rapace qui a besoin d'un ciel, un cheval de guerre qui veut la bataille. Tu souhaites que je laisse Etéocle tranquille, que je devienne un bon roi qui laisse ses concitoyens engraisser et célébrer le culte des bons sentiments mais les sentiments comme les dieux sont sauvages, quand ils se civilisent, ils meurent et les rois bons perdent leur trône. Etéocle a besoin d'un adversaire à sa taille, moi aussi, cette lutte fait notre plaisir et tu prétends nous empêcher d'en jouir. Tu aurais pu trouver le tien en aimant un homme, en ayant une maison, des enfants. Tu as préféré protéger notre père, mendier pour lui, faire compatir toute la Grèce à son malheur et à ta piété filiale. Tu as trouvé là un singulier et sans doute énorme plaisir, pourquoi veux-tu maintenant nous enlever le nôtre qui est de tenter de battre le rival admirable...

           Antigone, Henri Bauchau, Ed. Actes sud, 1997.





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Tag(s) : #Morceaux choisis
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